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Quelle farine choisir pour une pizza professionnelle ?

Le choix de la farine est l’une des décisions les plus importantes dans la fabrication d’une pizza professionnelle.

Deux farines peuvent sembler très proches sur leur emballage et pourtant se comporter de manière totalement différente au pétrissage, pendant la fermentation, à l’étalage ou à la cuisson.

La bonne question n’est donc pas seulement :

« Quelle est la meilleure farine pour faire des pizzas ? »

Mais plutôt :

« Quelle farine est adaptée à ma recette, à mon temps de fermentation, à mon taux d’hydratation, à ma température de travail et au type de pizza que je souhaite produire ? »

Il n’existe pas une farine parfaite pour toutes les pizzerias. Une farine excellente pour une pizza napolitaine travaillée avec une longue fermentation ne sera pas forcément adaptée à une pâte préparée le matin pour être utilisée le soir.

Le choix doit donc toujours partir de votre méthode de travail.


Commencez par définir le type de pizza que vous souhaitez produire

Avant de choisir une marque ou une référence, définissez précisément votre produit.

Souhaitez-vous réaliser :

  • une pizza napolitaine ;
  • une pizza contemporaine ;
  • une pizza romaine ;
  • une pizza en plaque ou en teglia ;
  • une pizza fine et croustillante ;
  • une pizza plus épaisse et moelleuse ;
  • une pinsa ;
  • une pâte à forte hydratation ;
  • une pâte destinée à une fermentation courte ou longue ?

Le type de pizza recherché influence directement le choix de la farine.

Une pâte destinée à cuire très rapidement à haute température ne sera pas nécessairement formulée de la même manière qu’une pâte cuite plus longtemps dans un four moins chaud.


Ne choisissez pas une farine uniquement parce qu’elle est de type 00

C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes.

La mention « 00 » ne signifie pas qu’une farine est automatiquement idéale pour la pizza.

Cette classification concerne principalement le niveau de raffinage de la farine. Elle ne vous indique pas, à elle seule :

  • sa force ;
  • sa capacité à absorber l’eau ;
  • sa résistance à une longue fermentation ;
  • son extensibilité ;
  • sa stabilité ;
  • le type de pizza auquel elle est destinée.

Deux farines de type 00 peuvent donc avoir des comportements très différents.

Il faut regarder l’ensemble de leurs caractéristiques techniques et non uniquement la mention présente sur le devant du sac.


La force de la farine : un critère important

La force d’une farine est souvent exprimée par la valeur W.

Cette valeur donne une indication sur la capacité de la pâte à développer et à maintenir une structure pendant la fermentation.

De manière générale :

  • une farine moins forte convient davantage aux fermentations relativement courtes ;
  • une farine intermédiaire peut convenir à de nombreuses méthodes de travail ;
  • une farine plus forte est généralement utilisée pour des fermentations plus longues ou des pâtes demandant davantage de tenue.

Mais il faut éviter de raisonner uniquement avec le chiffre W.

Une farine avec un W élevé n’est pas automatiquement meilleure.

Une farine trop forte par rapport à votre méthode peut produire une pâte difficile à détendre, trop résistante ou simplement inutilement complexe à travailler.

À l’inverse, une farine trop faible utilisée sur une fermentation très longue peut perdre de sa structure.

La force doit donc être adaptée au temps de fermentation prévu.


Le temps de fermentation doit guider votre choix

Avant d’acheter votre farine, posez-vous une question essentielle :

Combien de temps ma pâte va-t-elle fermenter avant d’être utilisée ?

Votre méthode peut prévoir :

  • quelques heures ;
  • une journée ;
  • 24 heures ;
  • 48 heures ;
  • 72 heures ;
  • parfois davantage.

Plus le processus est long, plus il devient important de choisir une farine capable de conserver suffisamment de structure pendant toute la fermentation.

Mais le temps seul ne suffit pas.

Il faut également prendre en compte :

  • la température de fermentation ;
  • le passage ou non au froid ;
  • la quantité de levure ;
  • la température finale de la pâte ;
  • l’hydratation ;
  • la méthode de pétrissage.

Une pâte de 48 heures conservée au froid ne se comporte pas comme une pâte de 48 heures laissée entièrement à température ambiante.


L’hydratation influence également le choix de la farine

Toutes les farines n’absorbent pas la même quantité d’eau.

Une recette à 58 % d’hydratation et une recette à 75 % ne sollicitent pas la farine de la même manière.

Si vous souhaitez travailler avec une hydratation importante, vous devez vérifier que la farine possède une capacité d’absorption et une structure adaptées.

Une farine mal choisie peut donner une pâte :

  • trop collante ;
  • difficile à manipuler ;
  • difficile à bouler ;
  • qui manque de tenue ;
  • qui s’étale excessivement dans les bacs ;
  • compliquée à enfourner.

À l’inverse, il ne sert à rien de choisir une farine conçue pour de très fortes hydratations si votre recette n’en a pas besoin.

Le produit doit correspondre à votre méthode réelle, pas à une tendance.


Pensez à votre température de travail

La température joue un rôle majeur dans le comportement de la pâte.

Dans une pizzeria, les conditions peuvent varier fortement selon :

  • la saison ;
  • la température extérieure ;
  • la température du laboratoire ;
  • la chaleur dégagée par le four ;
  • la température de l’eau ;
  • la température de la farine ;
  • le temps de pétrissage ;
  • la température des chambres froides.

Une recette parfaitement stable en hiver peut devenir beaucoup plus difficile à gérer en plein été.

Le choix de la farine doit donc être associé à une véritable maîtrise des températures.

Changer de farine ne corrigera pas toujours un problème qui provient en réalité d’une pâte trop chaude ou d’une fermentation mal contrôlée.


La farine doit être adaptée à votre méthode de pétrissage

Le pétrissage influence directement le développement de la pâte.

Selon votre équipement, vous pouvez travailler avec :

  • un pétrin à spirale ;
  • un pétrin à fourche ;
  • un pétrin à bras plongeants ;
  • un autre système de pétrissage professionnel.

La vitesse du pétrin, la durée du pétrissage et la quantité de pâte préparée peuvent modifier la température finale de la pâte et le développement du réseau glutineux.

Avant de changer de farine parce que votre pâte ne se comporte pas comme prévu, vérifiez donc également :

  • la durée du pétrissage ;
  • la vitesse utilisée ;
  • la température en fin de pétrissage ;
  • la quantité de pâte dans la cuve ;
  • l’ordre d’incorporation des ingrédients.

Une farine ne travaille jamais seule. Elle fait partie d’un ensemble.


Regardez les caractéristiques techniques, pas seulement la marque

Une marque connue peut proposer plusieurs dizaines de références différentes.

Il ne suffit donc pas de dire :

« J’utilise telle marque de farine. »

Il faut connaître la référence exacte.

Selon les fabricants, les fiches techniques peuvent notamment indiquer :

  • la force W ;
  • le taux de protéines ;
  • le rapport P/L ;
  • la capacité d’absorption ;
  • la stabilité ;
  • les temps de fermentation recommandés ;
  • les usages conseillés.

Toutes ces informations ne sont pas toujours présentes sur le sac destiné au consommateur.

Pour un usage professionnel, n’hésitez pas à demander la fiche technique de la farine à votre fournisseur ou au fabricant.


Le rapport P/L peut aider à comprendre le comportement de la pâte

Le rapport P/L donne une indication sur l’équilibre entre la résistance et l’extensibilité de la pâte.

Sans entrer dans une analyse trop technique, il permet notamment de comprendre pourquoi certaines pâtes :

  • reviennent constamment lorsque vous les étalez ;
  • sont très résistantes ;
  • s’étirent facilement ;
  • deviennent au contraire trop extensibles.

Une farine ne doit donc pas uniquement être suffisamment forte. Elle doit aussi présenter un comportement compatible avec votre façon de travailler et avec le résultat recherché.

Pour le pizzaiolo, le véritable test reste cependant toujours le comportement de la pâte en conditions réelles.


Le taux de protéines ne suffit pas non plus

On entend parfois :

« Plus il y a de protéines, meilleure est la farine. »

C’est trop simpliste.

Le taux de protéines peut apporter une indication, mais il ne permet pas à lui seul de prédire précisément le comportement d’une farine.

Deux farines affichant un taux de protéines proche peuvent présenter des performances différentes.

Il faut donc éviter de choisir uniquement sur ce chiffre.


Une farine professionnelle doit surtout être régulière

Dans une pizzeria, la qualité ne consiste pas uniquement à réaliser une pâte exceptionnelle une fois.

Vous devez pouvoir obtenir un résultat régulier :

  • aujourd’hui ;
  • demain ;
  • en pleine saison ;
  • lorsque plusieurs salariés préparent la pâte ;
  • lorsque les volumes augmentent.

La régularité des lots de farine est donc particulièrement importante.

Un bon fournisseur doit être capable de vous fournir une référence stable et disponible régulièrement.

Changer de farine toutes les trois semaines parce que votre référence habituelle est indisponible peut perturber toute votre organisation.


Attention à la disponibilité de votre farine

Une excellente farine difficile à obtenir peut devenir un mauvais choix professionnel.

Avant d’intégrer une référence à votre production quotidienne, renseignez-vous sur :

  • sa disponibilité ;
  • les délais de livraison ;
  • les quantités minimales de commande ;
  • la fréquence des livraisons ;
  • la disponibilité toute l’année ;
  • les solutions de remplacement en cas de rupture.

Une pizzeria ne peut pas se permettre de modifier entièrement sa recette parce qu’un fournisseur n’a plus de farine pendant plusieurs semaines.

La qualité du produit est importante, mais la fiabilité de l’approvisionnement l’est tout autant.


Faut-il utiliser une seule farine ?

Pas nécessairement.

Certaines pizzerias utilisent une seule farine pour simplifier leur production.

D’autres utilisent plusieurs références selon les préparations :

  • une farine pour la pizza napolitaine ;
  • une farine pour la teglia ;
  • une farine pour les préferments ;
  • une farine différente pour certains empâtements ;
  • une farine de finition ou de manipulation.

Mais multiplier les références complique également :

  • le stockage ;
  • les commandes ;
  • la gestion des stocks ;
  • la formation du personnel ;
  • la régularité des recettes.

Si une seule farine permet de réaliser correctement l’ensemble de votre production, il n’est pas forcément utile d’en stocker quatre différentes.


Attention aux mélanges de farines

Certains pizzaiolos mélangent plusieurs farines pour obtenir un comportement particulier.

Cela peut fonctionner parfaitement lorsque la recette est maîtrisée.

Mais avant de créer des mélanges complexes, il est préférable de comprendre précisément le comportement de chaque farine utilisée.

Sinon, il devient difficile d’identifier l’origine d’un problème.

Pour débuter, une recette simple et reproductible est souvent préférable à un mélange compliqué impossible à stabiliser.


Farine complète, semi-complète ou farines alternatives

Il est également possible d’intégrer d’autres types de farines dans une recette :

  • farine semi-complète ;
  • farine complète ;
  • farine de céréales différentes ;
  • farines maltées ;
  • farines de légumineuses ;
  • farines spéciales destinées à certains empâtements.

Ces produits peuvent modifier :

  • le goût ;
  • la couleur ;
  • la texture ;
  • l’absorption de l’eau ;
  • la fermentation ;
  • la structure de la pâte.

Ils peuvent permettre de créer une identité particulière, mais doivent être testés avec précision.

Ajouter une farine uniquement pour pouvoir l’indiquer sur la carte n’a que peu d’intérêt si le résultat final est moins bon.


Ne changez pas plusieurs paramètres en même temps

C’est l’une des règles les plus utiles lorsque vous testez une nouvelle farine.

Si vous changez simultanément :

  • la farine ;
  • l’hydratation ;
  • la quantité de levure ;
  • le temps de fermentation ;
  • la température ;
  • le pétrissage ;

vous ne saurez plus quel changement a amélioré ou dégradé votre pâte.

Procédez progressivement.

Conservez votre recette habituelle et changez d’abord uniquement la farine.

Observez ensuite :

  • le comportement au pétrissage ;
  • la température finale ;
  • la vitesse de fermentation ;
  • le boulage ;
  • la tenue dans les bacs ;
  • l’ouverture du pâton ;
  • la cuisson ;
  • le résultat après cuisson.

Vous pourrez ensuite ajuster progressivement les autres paramètres.


Faites toujours un essai avant de changer définitivement de farine

Une fiche technique peut vous orienter, mais elle ne remplacera jamais un véritable test dans votre pizzeria.

Testez la farine avec :

  • votre pétrin ;
  • votre eau ;
  • votre température ;
  • votre protocole ;
  • votre chambre froide ;
  • vos temps de fermentation ;
  • votre personnel ;
  • votre four.

Une farine qui fonctionne parfaitement chez un autre pizzaiolo peut donner un résultat différent dans votre établissement simplement parce que vos conditions de travail ne sont pas les mêmes.


Le prix au kilo ne doit pas être votre seul critère

Une différence de quelques centimes ou quelques dizaines de centimes par kilogramme peut sembler importante lorsque vous achetez plusieurs centaines de kilos de farine.

Mais la farine représente une part relativement limitée du coût global d’une pizza.

Une farine légèrement plus chère peut être rentable si elle vous apporte :

  • davantage de régularité ;
  • moins de pâtons perdus ;
  • une meilleure facilité de travail ;
  • une meilleure tenue ;
  • une production plus stable ;
  • moins d’erreurs pendant le service.

À l’inverse, payer plus cher ne garantit pas automatiquement un meilleur résultat.

La meilleure farine est celle qui offre le meilleur compromis entre qualité, régularité, facilité de travail, disponibilité et coût pour votre établissement.


Les questions à poser à votre fournisseur

Avant de choisir votre farine, indiquez à votre fournisseur :

  • le type de pizza que vous réalisez ;
  • votre hydratation ;
  • votre temps total de fermentation ;
  • votre méthode de fermentation ;
  • la température de conservation ;
  • le poids de vos pâtons ;
  • votre température de cuisson ;
  • votre type de four ;
  • votre volume de production.

Demandez ensuite :

  • Quelle farine correspond à cette méthode ?
  • Quelle est sa force W ?
  • Quelle est la plage de fermentation recommandée ?
  • Quel taux d’hydratation supporte-t-elle correctement ?
  • Quelle est sa régularité d’approvisionnement ?
  • Existe-t-il une fiche technique ?
  • Existe-t-il une référence de remplacement en cas de rupture ?
  • Quel est le conditionnement disponible ?
  • Quel est le minimum de commande ?
  • Quels sont les délais de livraison ?

Un fournisseur spécialisé doit être capable de vous orienter en fonction de votre méthode et non simplement de vous vendre la farine la plus chère de son catalogue.


Checklist avant de choisir votre farine

Votre pizza

☐ J’ai défini précisément le style de pizza que je souhaite produire.

☐ Je connais la température et le temps de cuisson.

☐ Je connais le résultat que je recherche en termes de texture et de développement.

Votre recette

☐ Je connais mon taux d’hydratation.

☐ Je connais le poids de mes pâtons.

☐ Je connais mon temps total de fermentation.

☐ Je sais si ma fermentation est réalisée à température ambiante, au froid ou avec une combinaison des deux.

☐ Je connais la température finale de ma pâte après pétrissage.

La farine

☐ Je connais la référence exacte de la farine.

☐ J’ai consulté sa fiche technique.

☐ Sa force correspond à ma méthode de fermentation.

☐ Elle supporte l’hydratation que je souhaite utiliser.

☐ Son comportement à l’étalage correspond à ma méthode de travail.

L’approvisionnement

☐ La farine est disponible régulièrement.

☐ Les délais de livraison sont compatibles avec mon activité.

☐ Je connais le minimum de commande.

☐ Je dispose d’une solution de remplacement en cas de rupture.

☐ Mon espace de stockage permet de conserver suffisamment de sacs dans de bonnes conditions.

Les essais

☐ J’ai testé la farine avec mon propre protocole.

☐ J’ai observé son comportement après plusieurs durées de fermentation.

☐ J’ai testé les pâtons en conditions réelles de service.

☐ Je n’ai pas modifié plusieurs paramètres simultanément pendant mes essais.

☐ Le résultat est suffisamment régulier pour une utilisation professionnelle.


En résumé

Il n’existe pas de farine universellement meilleure pour réaliser une pizza professionnelle.

La bonne farine est celle qui correspond à votre type de pizza, votre hydratation, votre durée de fermentation, vos températures, votre méthode de pétrissage et votre organisation quotidienne.

Ne choisissez pas uniquement en fonction d’une marque, d’une mention « 00 », d’un taux de protéines ou d’un chiffre W.

Ces informations sont utiles, mais elles doivent toujours être replacées dans l’ensemble de votre protocole.

Avant de changer définitivement de farine, réalisez des essais dans vos propres conditions de travail et observez le comportement de la pâte depuis le pétrissage jusqu’à la cuisson.

La meilleure farine n’est pas forcément la plus chère, la plus forte ou la plus connue.

C’est celle qui vous permet d’obtenir, chaque jour, la pizza que vous souhaitez vendre avec une pâte régulière, maîtrisable et adaptée à votre organisation.